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Des tableaux de Sergio Ceccotti émane toujours une certaine étrangeté. Malgré la quotidienneté des sujets et laspect précisionniste de sa peinture, la réalité représentée demeure ambivalente. En effet, quoi de plus exact que ses scènes dintérieurs ou ses vues urbaines ? Quelques objets incongrus, exagérément présents, et une construction spatiale légèrement instable en altèrent pourtant la tranquille apparence.
Observateur infaillible et méthodique, Ceccotti décrit le cadre général de nos petites habitudes. Romans et journaux posés sur une table, télévision allumée, couverts mis, tableaux abstraits sagement accrochés sur les murs permettent de saisir lesprit dune époque et surtout de réaliser le portrait social et psychologique des personnages occupant des lieux énigmatiques à force de banalité. Ceux-ci vaquent à leurs occupations domestiques comme perdus en eux-mêmes ; dautres déambulent en prêtant une oreille distraite à lémission télévisée que personne ne regarde pendant quà létage supérieur une femme tente de fuir on ne sait quel danger sur le rebord de limmeuble. Patiemment, Ceccotti construit une narration dans laquelle le spectateur, devient enquêteur, témoin impuissant ou voyeur insatisfait. Il semble bien que les scènes peintes par Ceccotti précèdent ou suivent juste un quelconque drame invisible pour le spectateur. De ce fait, les objets prennent une valeur particulière comme sil pouvait sagir de preuves à charge ou à décharge pour ce quon ne voit pas, ce qui reste en-dehors de lespace pictural.
Une étrange forme de voyeurisme est le moyen pour Ceccotti de capter plus que des apparences à linstar du mystérieux « Monsieur Y », promeneur solitaire et nocturne qui apparaît dans plusieurs de ses toiles. Avec son chapeau et son imperméable, il emprunte à limaginaire cinématographique et littéraire les attributs du détective. Le point de vue de Ceccotti n'est pas sans évoquer celui de James Stewart dans "Fenêtre sur cour" dAlfred Hitchcock. Dans lennui de son immobilisme forcé, le personnage principal se prend à espionner ses voisins dans les appartements en vis-à-vis : intrigué par les agissements dun de ses voisins, il finit par découvrir les indices qui confondront le criminel.
Lintelligence du peintre consiste à placer le spectateur en lieu et place du guetteur de sorte que ce dernier ne peut pas même affirmer quil nest pas observé à son tour. Abîme et vertige derrière l'anecdote...
Trois questions à Sergio Ceccotti par Lydie Lachenal et Kenneth Mesdag Ritter
- La ville est très présente dans votre peinture, dans les extérieurs et jusque dans les scènes dintérieur où souvent elle est signalée par une vue à travers une fenêtre ou un simple détail darchitecture, qui permettent dimaginer
Que représente pour vous la ville ?
Jai tendance à penser que le fait dêtre un peintre de la scène urbaine me vient tout simplement de ce que je suis né et ai toujours vécu dans une ville qui a été pendant des siècles, et reste symboliquement, lUrbs, la ville par excellence. En tout cas, avant dêtre un peintre, je suis un flâneur des villes Rome et Paris avant toute autre mais pas exclusivement. Partout où je me trouve, je parcours des kilomètres à pied, surtout le dimanche, explorant des quartiers même très éloignés, et gardant en mémoire souvent à laide de la photo rues et boulevards, gares, églises, jardins, viaducs, usines désaffectées
- A propos de ce thème de la ville, on parle souvent de votre « filiation » par rapport à de Chirico. Quen pensez-vous, et quelles sont les limites de cette filiation ?
Comme je vous lai dit, je me promène dans la ville de préférence le dimanche, et jajoute : les dimanches dété. Les magasins fermés, la circulation réduite, la sensation darrêt du temps, tout cela permet de regarder les choses en elles-mêmes, en dehors de leur fonction : une pompe à essence fermée nest plus le même « objet », la chose près de laquelle on sarrête pour faire le plein voilà ce qui nous mène fatalement à de Chirico, qui nous a ouvert les yeux, au début du XXè siècle, sur la mélancolie des métropoles, la lassitude et langoisse quengendre la modernité. Le paradoxe est que lui-même na jamais abordé directement le thème de la métropole ce qui laurait situé dans son époque , il a bâti au contraires des images intemporelles toujours actuelles aujourdhui, à partir déléments tirés probablement de ses souvenirs denfance, cest-à-dire de la province grecque à la fin du XIXè siècle, ce quil y a de plus loin de notre modernité.
- Vous peignez exclusivement à lhuile et dans la plupart de vos toiles vous avez utilisé la technique du glacis, qui caractérise votre peinture. Y a-t-il des raisons fondamentales à ce choix ?
Le glacis est un procédé abandonné depuis limpressionnisme, mais il a été une composante essentielle, pendant des siècles, de la technique des peintres ; en superposant des couches de couleurs transparentes sur une peinture déjà sèche, on peut obtenir une brillance très fine, irréalisable autrement, un rendu sensible, si lon peut dire, de la peau des choses, donner vie à des zones mortes, souligner la profondeur et le rapport dans lespace et surtout imprimer au tableau le caractère dun objet fini, abouti, réalisé (comme disait Cézanne) cest-à-dire le contraire de luvre dart moderne conventionnelle. Mon choix technique nest pas neutre mais sous-entend une poétique : marquer la distance entre limage proprement picturale et la vague des images qui nous entoure (images dorigine photographique, quels quen soient les médias et les véhicules), et surtout la tentative, la volonté daller au-delà du langage du XXè siècle pour peindre sans tabous culturels la réalité autour de nous.
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