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BIOGRAPHIESergio CECCOTTI est né à Rome en 1935. Il partage son activité entre Paris et Rome. Elève de Oskar Kokoschka à la Internationale Sommerakdemie für Bildende Kunst de Salzbourg en 1956 et 1957. Elève des cours de dessin de lAcadémie de France à Rome de 1956 à 1961. Expositions à partir de 1960 en Italie et dans de nombreux autres pays. EXPOSITIONS PERSONNELLES (FRANCE ET BELGIQUE)
PARTICIPATIONS (FRANCE ET BELGIQUE)
Les demeures romaines de Sergio Ceccotti, engourdies par le sommeil d'étranges ténèbres, closes sur d'insistantes absences, sans âge et pourtant violées par les signes sacrilèges de la modernité, distillent le charme pervers d'une subtile scénographie de l'énigme. La pratique de la peinture à l'huile n'est pas ici le fruit d'un académisme anachronique, ni une concession au goût rétro, mais la volonté d'inscrire l'image dans l'épaisseur d'une matière qui fait référence au passé et dont les transparences permettent au regard de plus grandes errances. A l'évidence de l'image figurative se substitue un réseau symbolique aux troublantes ambiguïtés, Chaque toile de Sergio Ceccotti, tout en témoignant scrupuleusement de l'insolite qui se découvre à l'attention de ces "paysans de Paris" que sont les flâneurs des villes, dresse de curieux rébus où; le quotidien, en révélant les défauts de sa cuirasse morne et grisâtre, ouvre de multiples voies à l'imaginaire ......... Rien n'est plus romain que l'"Urbs", ce sens de la ville qui s'empara de l'Europe entière, aussi n'est-il pas surprenant d'y trouver son chantre. A toutes ces façades, à ces extérieurs, s'ajoutent les intérieurs, comme pour compléter l'inventaire ......... Mais, plus que linertie et la mouvance, c'est bien la vie et la mort qui sont ici mises en spectacle. Plus que la nostalgie, c'est un parfum de mort qui plane sur ces façades cossues, chacune de leurs "détériorations" devenant signe de vie, si ce n'est de révolte. Ces lieux désertés inventoriés par le peintre, laissant /a place à la présence possible des spectateurs, sont comme des espaces vacants offerts aux autres, comme un ultime regard avant d'irréductibles bouleversements. Usant avec perversité du charme discret de /a peinture à l'huile, Sergio Ceccotti, ce détective de la quotidienneté, nous offre une série de tableaux qui ne sont qu'attente, suspens. Une brèche ouverte dans le temps mis au défi. JEAN-LOUIS PRADEL. 1977 ... Le grand écart en peinture (qui est aussi, comme au cirque, un exercice périlleux) c'est de défigurer /a réalité. Des bonnes et nombreuses raisons à cela. La colère, le refus du pragmatisme, la volonté de se démarquer, de s'opposer è ce qui nous est donné comme une certitude. Car, de fait, il n'y a pas de réalité sûre. L'écart très léger que nous propose Ceccotti nous précipite pourtant dans une zone flottante, rêveuse, un espace de liquidité qui s'invente une irréalité jamais vraiment déroutante. Mieux, elle nous atteint parce qu'elle nous rapproche de notre vraie réalité: celle que nous vivons au quotidien, et que nous percevons à notre seul usage. Les perles d'une promenade dans la ville. Rien de remarquable, d'héroïque, mais, bien au contraire. Ces petites choses par quoi un instant s'illumine. A l'égal du petit pan de mur jaune de Marcel Proust, le détail chez Ceccotti est parfois dérisoire. Mieux, il est indescriptible C'est /à que la peinture ne concurrence plus les mots, qu'elle justifie sa spécificité d'image. Et pourtant chaque tableau de Ceccotti est comme une petite nouvelle. Délicieusement tournée, un rien tendre. Un rien mélancolique. Voici, tour à tour, le pavillon de Ledoux au parc Monceau, plongé déjà dans l'obscurité qui tombe. C'est une fin de journée, tout le monde est parti, un ballon (en gros plan) a été oublié. Et, sur les façades des maisons de l'avenue, des fenêtres rougeoient comme des foyers. Puis c'est le passage Vivienne, la librairie qui étale ses caisses (on y trouve depuis longtemps des cartes postales en vrac et pas chères, des vieux livres sur l'art et sur Paris) deux personnages qui nous tournent le dos. On pense, (oh! très fugitivement) au Balthus du "Passage du Commerce". Un instant de silence suspendu, ou d'attente.... JEAN-JACQUES LEVEQUE, 1979 Toutes les nuits, je rêve et tous les matins je mefforce de me souvenir de mes rêves. Je peux, non sans effort, reconnaître des personnages, femmes, hommes, enfants mais je ne parviens pas à me souvenir des décors, de l'atmosphère, de la lumière que j'ai acceptes pendant la nuit et qui disparaissent le matin. Pourtant le tiers de mon existence j'ai vécu dans l'espace et l'éclairage oniriques sans pouvoir m'y retrouver. C'est grâce à Sergio Ceccotti que j'ai reconnu le "théâtre" de mes rêves. En regardant ses oeuvres j'ai éprouvé le choc de la reconnaissance. Découverte dont j'ai mesuré l'importance puisqu'elle accorde au rêveur les dimensions de ses rêves. Luvre peinte de Sergio Ceccotti me parait donc révélatrice. Elle innove, elle propose une nouvelle vision. En fait c'est un univers que nous parcourions mais à l'aveuglette et que Sergio Ceccotti nous révèle. Cette révéla1/on est aussi une révolution. En effet Ceccotti n'a même à s'inspirer de ce qu'on appelle de toutes les manières des "ismes". Il a trouvé seul l'art et la force de nous fasciner................. PHILIPPE SOUPAULT, 1980 ... Dans ses bons jours. Dali me disait que peut-être il avait été influencé par Chirico, dans les mauvais, que cet homme n'avait jamais été qu'un froid théoricien. Sergio Ceccotti... est-il de ceux qui récusent cette affinité? Il aurait bien tort car, tout en se situant dans la ligne onirique de Chirico, il s'est inventé un univers, fait de tragique et d'insolite. Si la forme de Ceccotti, le goût des perspectives rappellent fortement les grandes toiles chiriquiennes, ils se distinguent par une volonté fondamentale de ne pas ouvrir le dialogue avec l'inconnu ou l'infini mais, au contraire, de fermer rigoureusement toutes les portes. Si les personnages de Chirico, dans leur glissante déambulation, sont en train de chercher la réponse à toutes les questions, ceux de Ceccotti savent déjà qu'il n'y a pas de réponse. Qu'il ne leur reste qu'à déambuler, eux aussi, mais par pure habitude. HENRI-FRANCOIS REY, 1982 Le peintre est à l'affût des promeneurs solitaires qui contemplent sous la poussière des vitrines des corsets à baleines, des perruques, des ordres de chancelleries fondés par des principautés depuis longtemps rayées de la carte. Ces passages ont retrouvé aujourd'hui une certaine animation, mais Ceccotti n'en a cure. Il les veut vides et presque dépeuplés. Ancien élève d'Oskar Kokoschka, il a pris le contre-pied de l'expressionnisme et du baroquisme du grand artiste autrichien. Il peint dur, sec, net. Il emprunte à la photographie, à la bande dessinée, aux romans-photos des hebdomadaires à fort tirage, au cinéma vériste influencé par la télévision, mais il puise ses sujets dans une mythologie déjà ancienne où règnent King-Kong et l'Homme invisible, curieux amalgame de technique teintées d'hyperréalisme et de nostalgie des années 30. A Rome et ailleurs, Ceccotti aime les carrefours déserts, les intérieurs abandonnés précipitamment par leurs occupants ou bien habités par des personnages plus ou moins pétrifiés. Il aime /a vie entre parenthèses et c'est pourquoi ses tableaux ne racontent pas un chapitre de feuilleton mais résument à la manière d'un hiéroglyphe grossièrement simplificateur quelques-unes des situations-clés d'un roman noir ou de l'existence la plus banale. PIERRE MAZARS, 1982 ... Mais, de même que les tableaux métaphysiques de De Chirico défiaient l'interprétation, ceux de Sergio Ceccotti échappent à l'analyse. Il faut donc renoncer à les aborder de front et simplement se dire que, comme son maître, Ceccotti remet en cause les esthétiques de son époque - surtout celles qui se nommaient hier encore «avant-gardes» - et n'éprouve qu'un désir: saisir les fragments du réel qui l'intéressent et en donner une image à /a fois excessivement fidèle et excessivement personnelle. Excessivement fidèle? Mais lorsque Ceccotti ouvre une fenêtre sur une rue - cela lui arrive souvent - elle ne donne pas l'illusion de s'ouvrir sur un au-delà de la toile. Elle obligerait plutôt le regard à revenir vers soi à douter et à questionner. Non pas s'exclamer: quelle belle vue de Rome, on s 'y croirait! Mais plutôt: d'où vient que l'espace représenté me paraît tellement étrange? D'où vient que je ne m'y intéresse que dans la mesure où il est représenté de cette façon-là, que je suis cependant incapable de traduire en mots précis? Excessivement personnelle? Ceccotti ne profère aucun cri, ne s'accorde aucun geste, ne tolère aucun aveu. Sa peinture n'est travaillée par aucun délire et il ne se reconnaît d'autre passion que la peinture, précisément. Eh bien! cela suffit. Il faut sans doute une volonté extraordinaire pour produire Nuit d'août 1981, par exemple, en un temps où les écrans de télévision offrent des milliers d'images chaque soir dans chaque foyer. A l'heure des communications de masse, le type d'images que construit patiemment Ceccotti participe très exactement de ce qu'on appelle une utopie. Ceccotti est un farouche utopiste: rien ne pourrait l'empêcher de faire cette peinture-là, car c'est en elle que la dose d'utopie - inhérente à toute peinture - est la plus forte..................... «Dis-moi, Damis, existe-t-il un art que l'on appelle peinture?» demandait lApollonius de Philostrate. Si un Damis peut répondre aujourd'hui encore par l'affirmative comme au premier siècle, c'est parce que, envers et contre tout, des artistes tels que Ceccotti ont choisi de rester fidèles à eux-mêmes. C'est-à-dire à /a peinture. JEAN-LUC CHALUMEAU, 1982 Sergio Ceccotti, lui, travaille dans le sens contraire: vers une réduction de la «spectacularité» de l'image, une banalisation iconographique. Mais cette réduction et cette banalisation subissent de légères effractions: un détail bizarre, une présence incongrue, une subtile aberration de la perspective rendent l'image élusive ou inquiétante. Mais c'est surtout la reconquête tenace de l'intensité nue de la peinture - du charme qui émane de l'économie interne de ses moyens - qui donne toute leur force aux oeuvres de Ceccotti. Ce charme et cette intensité, ils les a cherchés en dialoguant avec les ré-articulations figuratives que l'on fit dans les années 20 et 30 à partir du silence stupéfié de la Métaphysique dechiriquienne; mais en dialoguant aussi avec une certaine peinture romaine d'avant-guerre. Et avec les ambiguïtés iconologiques du Surréalisme, dont il a recueilli - avec un calcul mesuré et sans grandes déclamations - quelques échos troubles et feutrés. Et naturellement, devrais-je dire, cette peinture est vouée à la nuit urbaine (où il lui arrive parfois de rencontrer les traces des désolations chantées par Edward Hopper), au kitsch, aux intérieurs claustrophobes, aux indéchiffrables colloques entre les objets inanimés, aux miroirs inutiles, au bruit qui monte lorsque rien ne bouge et que personne ne parle. Et à la longue durée du regard. ANTONIO DEL GUERCIO, 1985 |
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